LOUISE ET LES TROIS FILS

Louise et les trois fils

Vous le savez, on en fait des rencontres. Des bonnes et des mauvaises, mais c’est comme ça, que ça dérange ou que ça plaise. En une vie, elles se croisent les bobines. Toutes. Les rondes, les courtes, les longues, les fines. Et de fil en aiguille elles tissent des relations, elles nouent des liens. Alors parfois ça tient et d’autres fois ça casse. C’est tout un art.

Un art que maîtrise Joseph au fond de son atelier. Fort de ses 50 années d’expérience, fils et nœuds n’ont plus aucun secret pour le bon Joseph comme l’aiment à l’appeler ses clients. Il reprise, rapièce, consolide tout ce qu’on lui amène. Faisant même des miracles.

Et ça Louise le savait bien.

Du haut de ses 7 ans, Louise filait une enfance heureuse entourée de sa maman et de son papa. Là où elle habitait l’air était doux, le temps calme et l’atmosphère joyeuse. Tout était bien ficelé, bien noué, bien tissé. Les points étaient serrés, les liens étroits et les nœuds doubles. Rien ne semblait pouvoir effilocher ce si bel ouvrage.

Louise connaissait bien Joseph. Elle lui apportait tous ses habits après les fréquents accidents de la cour de récré. Mais le jour qui restera à jamais gravé dans sa mémoire était ce mercredi matin d’hiver où sa tristesse était infinie. La veille lors d’une course poursuite avec Léontine, le drame arriva. Une petite plaque de verglas et catastrophe : la chute ! Au milieu des larmes et de la douleur, Louise entamait un état des lieux de sa tenue. « Le manteau. C’est bon. La jupe. C’est bon. Le collant. Le collant, au secours, mon collant ! »Un trou énorme donnait naissance au genou de Louise, qui lui était intact, lisse comme le crane de Monsieur Vigy, le directeur de l’école.  « Mon collant préféré ! Nooooon ! » C’était le collant noir avec les cerises. Louise avait du attendre plusieurs mois avant de pouvoir s’offrir ce trésor. Des mois d’économie, sans jouet ni friandise. Alors autant vous dire qu’à cet instant précis, elle était la petite fille la plus triste de l’univers. Elle rentra à la maison l’âme en peine en faisant durer le trajet pour rentrer le plus tard possible. En arrivant, elle était tellement abattue que sa maman dut la consoler au lieu de la gronder. Elle eut ces mots : « Ce n’est pas si grave voyons. Vas-y raconte. » Alors Louise lui raconta toute l’histoire, et à la fin sa maman lui remit ce petit prospectus : ILLUS (Chez Joseph…)

Après une nuit agitée, Louise se dirigea dès la première heure vers la boutique de Joseph. Elle était la première cliente de la journée.

-          Bonjour Monsieur.

-          Bonjour ma petite, euh, ma petite comment ?

-          Louise Monsieur.

-          Appelle-moi Joseph. Tout le monde m’appelle comme ça ici. Bien normal c’est mon prénom !

Joseph avait un humour bien à lui et une joie de vivre éclatante.

-          Alors, qu’est-ce qui t’amène ma petite Louise ?

-          Mon collant Joseph. Il a un trou…au genou.

-          Voyons ça. Ah je vois, je vois, je vois…

Joseph disait tout le temps ça, comme s’il lisait dans les mailles des tissus.

-          Alors c’est grave Joseph ?

-          Pas temps que ça, pas temps que ça…

Joseph attrapa son aiguille fétiche. Regarda le chas et sourit en enfilant le fil.

Il commença son art devant les grands yeux  de Louise encore brillants de la veille. Un coup d’aiguille par ci, un coup d’aiguille par là. Un fil, un autre, encore un autre. Si bien qu’au bout d’un quart d’heure la magie opéra. Il n’y pressait plus rien. Le collant était comme neuf ! Après un court moment, Louise lui sauta au coup.

-          Tu es un magicien Joseph ! Mon magicien !

-          Son serviteur sa Majesté. Voilà votre collant. Et prenez-en bien soin.

-          Compte sur moi Joseph !

Sur ces derniers mots Louise sortit de chez le bon Joseph en sautillant de joie. Et depuis ce jour, un lien les unissait comme deux tissus raccommodés.

Aller chez Joseph était devenu une habitude. Louise restait de longs moments à le regarder coudre, à discuter et bien sûr elle lui apportait les dégâts de ses nombreuses aventures.  Plus les mois passaient et plus le lien se renforçait. Joseph et Louise le sentait bien.

-          Tu vois ces fils Louise ? Ils sont comme nous.

-          Pourquoi ?

-          Tu sais, les fils sont comme les personnes. Ils servent à relier, à réunir. Ils font des rencontres. Mais ils sont plus ou moins solides. Tu comprends ?

-          Pas vraiment Joseph…

-          Regarde celui-là. C’est du nylon. Il est joli, brillant, fin mais aussi très fragile. Celui-ci est en coton. Il est doux et confortable, et déjà plus résistant. Et celui que tu tiens est fait d’acier. C’est le plus solide de tous les fils. Il n’est pas très joli, il est froid mais avec les deux autres il devient joli, confortable et doux. Une fois ces trois fils tressés, ils donnent les liens les plus jolis et les plus résistants.

Il était donc là le secret de Joseph. Un coup de main unique et un savant mélange de fils. Louise avait été mise dans la confidence, et les deux amis tressaient au fil du temps leur amitié et leur complicité.

-          Tu es comme mon papy Joseph. Tu veux bien être mon papy ?

-          Louise, tu en as déjà des papys, non ?

-          Non. Ils ne sont plus là. Maman m’a dit qu’ils étaient parti pour toujours, mais je ne sais pas très bien où. Très loin sûrement.

Joseph leva les yeux par-dessus ses lunettes. Et d’une voix un peu émue dit :

-          Dans ce cas Louise tu as devant toi ton nouveau papy !

Ils se serrèrent fort dans les bras l’un de l’autre avant de reprendre pudiquement ce qu’ils étaient en train de faire. La vie de Louise se déroulait alors comme les fils de Joseph : sans accroc ni nœud. Mais un jour…

Comme à son habitude, Louise rendit visite à Joseph. Dès qu’elle eut poussé la porte, Joseph sentit quelque chose.

-          Bonjour Louise.

-          Bonjour papy.

-          Qu’est-ce qui t’amène aujourd’hui ma petite ?

-          Il faut que tu raccommodes ma famille.

-          Ta famille ? Comment ça ?

-          Et bien depuis quelque temps Maman est toujours en colère contre papa et parfois contre moi aussi. Papa me dit bien que ce n’est rien et que ça va passer, mais ça fait déjà un moment que ça dure. En fait depuis l’arrivée de Paul mon petit frère.

-          J’ai donc un petit fils ? Merci de me le dire ! Chouette ! Je le vois quand ?

-          Arrête papy. C’est grave. Il faut que tu répares ça.

-          Et comment veux-tu que je fasse ? Je ne sais que réparer les tissus, les habits, les sacs… Mais pas les familles, Louise.

-          Mais tu m’as dit que les fils c’est comme les personnes. Alors si tu sais le faire avec des fils tu peux le faire avec des personnes. C’est pareil.

Joseph prit Louise sur ses genoux et d’une voix douce lui dit :

-          Tu sais ça arrive parfois aux mamans après la naissance d’un bébé. Elles ne sont pas très bien et elles n’y peuvent rien…

-          Mais toi tu peux faire quelque chose, hein ?

-          Je peux seulement t’aider comme un bon grand-père. Tu te rappelles ce que je t’ai raconté sur les fils ?

-          Oui.

-          Et bien il doit y en avoir un qui a cassé. Il va falloir réparer et consolider tout ça. Il faudra être patient, délicat et attentif.

-          Tout ça…

-          Tout ça Louise. Mais je serai là avec toi comme un fil et son aiguille. Et à nous deux nous devrions pouvoir repriser les morceaux.

Joseph l’aiguille donnait la direction à suivre, et Louise le fil suivait. Les deux amis redoublaient d’ingéniosité pour renouer les liens. Louise amenait sa spontanéité et Joseph sa sagesse. Le mélange était très efficace. Louise redoublait d’efforts et d’attentions. Elle tressait les fils que lui donnait Joseph. Des bouquets de fleurs pour le nylon, des poèmes et dessins pour le coton, et d’énormes câlins pour l’acier. Si bien qu’au bout de quelques mois les choses semblaient démêlées, renouées, rapiécées et consolidées. Maman s’était remise à rire et du coup toute la maison aussi.

Chez Louise le ciel s’était à nouveau éclaircit. L’air y était redevenu doux et l’atmosphère joyeuse. La petite famille élargie, car Joseph avait été adopté par tout le monde et surtout par le petit Paul, avait repris le fil de sa vie. Louise était alors la petite fille la plus heureuse de l’univers. Elle avait, bien sûr, garder ses habitudes chez papy Joseph. Les accidents de la cour de récré n’avaient pas disparu et les conversations du fond de l’atelier non plus.

-          Tu sais papy j’ai beaucoup de chance.

-          Ah bon et pourquoi ?

-          Ben, j’ai une super famille. Et en plus c’est bien grâce à toi et à tes trois fils.

-          Tu sais ma Louise, je crois que cette fois-ci mes fils n’y sont pour rien… Car le fil le plus solide qu’il y ait sur Terre, je l’ai là juste devant moi… Et c’est toi.

Louise se blottit dans les bras de son papy chéri, et d’une petite voix lui dit : « Papy, je t’aime… »



TANDEM

Et bien voilà, c’est fait. Le tandem avec c.luloz a vu le jour. Le projet est motivant et j’espère que ce que je lui proposerai saura la séduire…



FOIRE AUX TANDEMS

Voilà la 5ème foire aux tandems a été ouverte le 27 juin dernier. J’ai pu me rapprocher de plusieurs illustrateurs et je peux à présent vous annoncer deux tandems. Le premier avec Stéfou pour le texte Louise et les trois fils (que je mettrais en ligne sous peu), je suis certain que son univers collera parfaitement à l’histoire. Le deuxième avec Shina pour sa petite famille Louise, Rémi et Eliott. J’ai déjà plusieurs idées… Enfin un troisième tandem pourrait voir le jour avec c.luloz pour une petite vivant au fil des saisons. Je suis très excité par ce probable projet car la piste naturaliste me trottait depuis longtemps dans la tête. Alors je vous laisse et au boulot!



DES NOUVELLES

Après une longue absence, je reviens vous tenir au courant. J’ai écrit un texte que j’ai envoyé pour la foire aux tandems. J’espère qu’il saura séduire quelqu’un. Je vous en dirai plus après le 26 juin, date d’ouverture, et je le mettrai en ligne en suivant.

Sinon pour les autres projets, Krousti m’a envoyé quelques illustrations en couleurs et elles sont superbes même si elles n’ont pas l’air de le satisfaire encore. Pour les autres je n’ai pas eu de retour… J’espère en avoir bientôt.

A plus



JARDINIER

Salut tout le monde ! Nouvelle toute fraiche ! 

Adrenaline (Dorothée pour les intimes) va colorer notre jardin…  Merci à elle, je suis vraiment ravi et impatient de pouvoir me plonger dans les premiers dessins… Alors souhaitez-nous tout le meilleur pour la participation à ce concours.

Croisons les doigts… emoticone



TEXTE CHERCHE COLLABORATION POUR LE CONCOURS OUVREZ LES LIVRES AUX BEBES

Salut à toutes et tous,

Je laisse en ligne un texte qui j’espère pourra inspirer quelqu’un…emoticone



COLLABORATIONS ET SUITE…

Salut à tous,

D’abord merci beaucoup pour les commentaires.

Ensuite, un petit mot pour annoncer que les quatre derniers textes ont trouvé acquéreur en la personne de NaCimag’INE qui a souhaité pouvoir travailler sur les quatre… Vivement les premiers croquis.

Merci à lui.

De son côté Krousti cogite et les premiers essais sont très motivant. Nena, elle, rattrapée par la vraie vie (boulot,boulot) essaie de trouver du temps…

Pour l’heure je prépare un texte en vue du concours Ouvrez les livres au bébé. Il devrait arriver sous peu. Alors si ça botte quelqu’un surtout qu’il se fasse connaître!

A plus, et surtout n’oubliez pas de buller…



GLOBULE

Globule

Globule c’est mon nom.  Maman trouvait ça mignon. Et puis finalement Papa aussi. Ils disaient que ça m’allait bien.  Seulement, ils avaient oublié une chose très importante : l’école. Là-bas j’ai compris qu’un nom et un prénom pouvaient tout changer. Et les miens étaient Globule Dessavon, fils de savonniers à Marseille.  J’ai donc eu droit à toutes les plaisanteries imaginables : dans son bain Globule fait des bulles, Globule dozer, Globule par-ci, globule par-là. Même les profs s’y sont mis : tiens Globule encore une bulle, alors Globule on coince la bulle ? Enfin tout le monde rigolait bien. Tout le monde sauf moi.  Je passais donc ma scolarité en attendant les vacances et le jour où je serai grand. Un jour, Achille est venu en ville. Avec la classe nous sommes allés visiter son cirque (une des rares bonnes idées de la maîtresse), et ce fût comme une évidence. Je voulais rester ici, au chaud dans ce cocon de toile. Je m’y sentais en sécurité et à l’aise.  Tous les soirs après l’école, j’allais discuter avec Achille. Il me parlait de ses voyages, de ses nombreux numéros, et à chaque fois je repartais la tête remplie d’images qui nourrissaient mes rêves toutes les nuits. Achille trouvait que j’avais un vrai nom de scène. Et un soir il me dit : « Un Globule, on n’en a pas dans la famille. » Alors je lui murmurais : « Emmène-moi, emmène-moi s’il te plaît… » Mais je devais attendre mon seizième anniversaire… Ce matin d’Hiver, je ne m’attendais pas à recevoir un tel cadeau. Achille était revenu après tout ce temps, et pile le jour de mon seizième anniversaire.  Depuis ce jour là, ma vie a changé. J’ai eu la chance d’être : Globule le funambule, Globule le dresseur de libellules, Globule le jongleur de capsules. Pour enfin devenir Globule le clown aux mille et une bulles. Mes bulles prennent vie dans mes spectacles.  Elles gonflent et elles éclatent. Elles sont tour à tour cœur,  étoile ou animal à quatre pattes. Ravissant les spectateurs  et permettant à mon cœur de battre. Car clown, dresseur, jongleur ou funambule,  le plus c’est important c’est que maintenant je suis moi : Globule. 



A DEUX MAINS

A deux mains

Après ce jour, je ne savais plus trop quoi faire de mes deux mains.  Mes demain se suivaient sans rien d’exceptionnel.  Mais demain, à un moment, ça devient aujourd’hui. Et à présent je peux me remettre à deux mains. 

Ainsi à deux mains je peux cuisiner ;  à deux mains je peux porter ;  à deux mains je peux câliner ;  à deux mains je peux caresser ;  à deux mains je peux protéger ; à deux mains je peux toiletter ;  à deux mains je peux chanter ;  à deux mains je peux pousser ;  à deux mains je peux chatouiller.  Et si je peux faire tout ça c’est bien grâce à toi. Parce que depuis ce matin-là je suis devenu ton Papa… 



COURSES FOLLES

Courses folles

Ce matin, je suis allé faire mes courses chez Omar Chéfou.  Omar est mon ami. Nous nous connaissons depuis la petite école. On trouve de tout dans son magasin. Mais Omar sert parfois des choses surprenantes. Quand on lui demande un article, il répond : « Hum… Je dois en avoir dans l’arrière boutique. » Mais on n’est jamais sûr du résultat. Parfois quand il revient c’est la surprise. Et ce matin je crois que c’était le bouquet. Voici la liste que je lui ai donnée : 

Alimentation :  -1 poulet rôti -1 chapon -1 éclair au chocolat 

Bricolage :  -1 pinceau à poils durs -1 rabot 

Accessoires pour aller au match :  -1 drapeau  -1 sirène  -des ballons multicolores 

Divers :  -1 portable  -1 carton 

Et voici ce qu’il m’a rapporté : -     1 pou laid rôti  -     1 chat pont  -     1 nez clair au chocolat  -     1 pain sot à poils durs -     1 rat beau  -     1 drap pot  -     1 scie reine  -     des bas longs multicolores -     1 porc table  -     1 car thon. 

Alors bien que nous soyons amis, je crois qu’Omar n’est qu’un vieux loup phoque… 



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